Coup de gueule de Pro #2 : Les enfants malades et la crèche.

Comme tu le sais, lecteur, je suis une professionnelle de la petite enfance. Je suis auxiliaire de puériculture et je bosse en crèche. Je vais te donner à lire, à toi, parent qui a un ou des enfant(s) en crèche, l’envers du décor du monde de la petite enfance. Accroche toi.

Mon coup de gueule de Pro du jour porte sur l’accueil des enfants malades.

Il faut savoir qu’il y a peu de maladies qui peuvent conduire à une éviction. La décision émane du médecin référent pour prévenir des contagions. Les directrices de crèche suivent le protocole mis en place.
Dans la liste des maladies courantes menant éventuellement à éviction, on trouve :
- La bronchiolite.
- La varicelle.
- Les conjonctivites purulentes.
- La gastro-entérite.
- Les méningites.
Ainsi que toutes les maladies rares de nos jours car censées faire l’objet d’une vaccination (tuberculose, oreillons, rubéole, rougeole, certaines méningites…)
L’éviction ne dure généralement pas plus de quelques jours (entre un jour à une dizaine de jours, pour la varicelle, par exemple), avec comme condition de retour, la mise en place d’un traitement qui pourra être donné sur place.
En ce qui concerne les traitements, il faut savoir que les infirmières et les auxiliaires de puériculture sont les seules à être habilitées à donner des médicaments. Les auxiliaires le font par délégation de l’infirmière de la structure qui elle-même est déléguée par le médecin de crèche. Une auxiliaire est en droit de refuser de donner des traitements. Ce n’est pas une obligation dans son profile de poste. Il faut savoir aussi qu’à l’école, on ne donne absolument aucun médicament d’aucune sorte si il n’y a pas de PAI mis en place. Si un enfant fait de la fièvre, il est purement et simplement renvoyé chez lui.
Lorsque l’attention des parents a été attirée sur l’éventualité d’une maladie contagieuse, ils doivent consulter au plus vite, si l’état de l’enfant ne nécessite pas d’éviction, le médecin de famille doit remplir une fiche d’aptitude à la vie en collectivité, mais le médecin de crèche reste le seul décisionnaire. Si l’enfant revient avec un traitement, les parents doivent amener l’ordonnance et les médicaments prescrits à donner en crèche. Dans les versions les plus strictes des protocoles médicaux de dispense de médicaments, les flacons doivent être neufs, celés et ne peuvent faire l’aller retour maison/crèche. Ce dernier point reste à l’appréciation du médecin de la crèche et de la direction.

Ce petit rappel technique étant fait, entrons dans le vif du sujet, mon coups de gueule de Pro.
Nous sommes dans la période bénie des microbes de merde qui attaquent joyeusement les enfants. Personnellement, le groupe d’enfants sont je suis responsable est celui des plus petits, les usines à cacas et boîtes à ouins, aka, les bébés.

Alors, étant à la fois maman ET professionnelle de la petite enfance, je comprends les deux points de vue qui souvent s’affrontent.
D’un côté, les parents travaillent, leur gentille boite ne leur permet souvent pas de bénéficier de “journées enfant malade” (moi-même, j’en ai pas. 0, peau d’balle) et les patrons n’apprécient que moyennement de voir leurs effectifs diminuer de moitié quand l’hiver se pointe pour cause de bébé qui renifle.
Les petits sont souvent malades, surtout quand ils débarquent en collectivité.
Certes. Mais de plus en plus les règles se sont assouplies en matière d’accueil des enfants malades et si la crèche vous contacte pour venir récupérer votre enfant, c’est que son état est jugé préoccupant par la directrice.
Il faut s’enlever de la tête qu’à la moindre poussée de fièvre l’équipe panique et pense au bouleversement de son confort personnel parce que votre chiard monte en température et qu’il va falloir mettre les bouchées double et se sortir les doigts du cul. Le postulat de départ étant qu’il n’y a pas de confort du personnel en crèche. Mais ça fera l’objet d’un autre coup de gueule.
Une collectivité, cela représente un nombre important d’enfants par sections. Certaines structures sont “petites et familiales”, mais d’autres sont de vraies usines. Les enfants sont fragiles, dépendants. Le personnel de crèche travaille à un rythme soutenu et ne peut pas toujours répondre aux besoins accru des enfants malades. Ils ont besoin d’être plus portés, câlinés, surveillés, d’avoir du calme et de la tranquillité pour se reposer… La collectivité n’est peut être pas pendant cette période l’endroit idéale pour que l’enfant se remette.

Nous, professionnels, avons aussi parfois des problèmes de confiance avec les familles. Parents et professionnels doivent travailler en équipe dans l’intérêt des enfants.
En effet, nous pouvons être confrontés à des familles qui nous cachent purement et simplement l’état de santé de leurs enfants pour ne pas avoir à repartir avec quand ils les déposent le matin.
Des enfants à qui l’on a administré une dose d’antipyrétique (médicament faisant baisser la fièvre) sans le notifié à la personne qui accueil l’enfant. Résultat, si c’est un antipyrétique puissant (ibuprofène), l’enfant peut ne pas faire de poussée de fièvre, mais s’il est malade, il ne se sentira pas bien du tout toute la journée sans que l’équipe puisse définir la cause de son malaise. Si c’est un antipyrétique moins puissant (à base de paracétamol), il peut faire une poussée de fièvre quelques heures seulement après la première prise à la maison. Si la directrice n’appelle pas systématiquement les parents pour prévenir que l’on va administrer une dose d’antipyrétique, il y a un vrai risque de surdosage.

Les crèches, qu’elles soient privées ou publiques sont certes des établissements payants (et souvent chers), mais les professionnels qui y travaillent ont pour principale occupation le bien-être de vos enfants. Durant 8 heures par jours, elles prennent soin des enfants qui leur sont confiés, doivent les soigner et aussi les protéger. Accepter un enfant dont l’état de santé représente un danger pour les autres ne peut être envisageable. Cela s’appelle la prévention.

Je vais maintenant vous raconter quelques expériences passées.

Dans une précédente boite pour laquelle je travaillais (boite privée), des grandes entreprises achetaient des places pour les enfants de leurs employés. Nous avions un protocole d’éviction très très souple, voir inexistant.
Je bossais alors déjà dans la section des bébés (2 mois et demi à un an). Il y avait 18 enfants à la journée. Entre le mois d’avril et le mois de juin, TOUS ont eu la varicelle. TOUS. De la même souche. Je ne sais pas si vous vous figurez ce que cela représente. 18 bébés qui souffrent tous quasi en même temps d’une maladie très inconfortable, qu’ils aient 2 mois et demi ou un an passé, sans être dispensé de crèche une seule journée.
Toujours dans la même boite, un bébé tout jeune, en fin de période d’adaptation avec une bronchiolite, des séances de kine respiratoire tous les jours qui avait pris du paracétamol à la maison le matin, puis une nouvelle dose au moment du déjeuné, puis encore une en fin d’après midi. Les parents prévenus à chaque fois. L’enfant entre en détresse respiratoire. La fièvre persiste. Impossible de lui donner plus de paracétamol. Énième appel au parent qui doit venir le récupérer le soir qui nous dit qu’il est en réunion et vient à l’heure convenue sur le contrat. J’ai alors dit à ce parent que l’état de son enfant était très préoccupant, et que s’il ne pouvait pas se dégager de ses responsabilités professionnelles, les miennes m’obligeaient à contacter un service d’urgence pour transporter son enfant à l’hôpital.

Ces deux exemples sont des cas extrêmes, mais si les parents ne font pas d’efforts, cela risque de devenir habituel…

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9 Commentaires

  1. J’approuve ce message !
    Il faut réellement faire réagir les patrons aussi. Il y a un manque de solidarité avec les parents travailleurs. La santé des enfants prime. Et ça me met hors de moi. Enceinte, j’ai eu la varicelle (hyper dangereux pour le bébé) parce qu’une connasse n’a pas fait savoir que sa fille avait des boutons et lui avait filé de l’ibuprofène !!!
    Je fais tourner ton article.
    Merci

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  2. Bonjour, et merci pour cet article très à propos découvert sur Hellocoton.

    Moi qui suis gestionnaire de crèches, je constate aussi que le phénomène “Enfants malades” est un fléau tant pour des parents pourtant pas mal intentionnés que pour le personnel qui doit gérer…

    Vivement le printemps (et la fin des crobes)!

    Répondre
  3. Tout à fait, d’ailleurs si les patrons, et à commencer par les entreprises gestionnaires de crèches, par exemple pouvaient se montrer compréhensives et allouer des “journées enfant malade” à leurs employés, ça pourrait faire avancer les choses. Et si le taux d’encadrement (qui est ridicule) pouvait être respecté, ça aiderait aussi.
    Mais c’est un autre débat dont j’ai dit qu’il fera l’objet d’un prochain article.
    Merci de votre commentaire, bienvenue ici !

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  4. Tu veux l’envers du décor de l’école ???? lol Manque de confiance des parents… etc etc

    J’ai travaillé en crèche… heuh chapeau… préfère l’école… Et à l’école non plus les parents ne font pas d’effort… et j’ai UNE je dis bien UNE journée d’enfant malade…

    Comment tu fais toi si ton garçon est malade ???

    Bonne journée

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  5. Bienvenue, Allye,
    Une journée, c’est déjà une journée… On sait bien que les enfants ne tombent malade qu’une seule et unique journée par an :) )
    J’ai la chance d’avoir un fils qui n’est jamais malade (ou très très rarement et le cas échéant, je pose des CA ou des heures sup. Ou alors, congés sans soldes, mais j’ai aussi la chance d’avoir un conjoint qui a pas mal de RTT. Donc, on arrive à s’arranger.)

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  6. Oh comme ce post a attiré mon regard ! Ma fille de 8 mois est à la crèche depuis seulement 3 semaines et… ben cela fait 3 semaines qu’elle est malade non stop. On a fait la bronchiolite puis maintenant la gastro… Les filles de la crèche sont supers et il ne me viendrait jamais à l’idée de leur mentir sur l’état de ma fille ou sur un médicament que je lui aurait donné ! Il faut dire aussi que j’ai de la chance, je suis fonctionnaire et j’ai 12 jours enfants malade (oui vous avez bien lu 12) donc je suis plus zen que bien des parents qui n’en ont pas ou peu.
    J’espère que ma crèche (une micro-crèche privée, seulement 10 enfants) est sérieuse et sait refuser les enfants quand il le faut.

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  7. 12 journées enfant malade ? Woooow, la classe !!!

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  8. Bonjour,
    L’ article est très intéressant mais la toute dernière phrase en bas m’ a fait vraiment réfléchir. quelles sont les précautions ou les mesures que les parents peuvent prendre dans ce cas là ( à noter que nous ne pouvons pas nous dispenser d’une crèche)

    Virginie

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  9. Quand je parle des efforts à faire de la part des parents, c’est concernant les deux cas extrêmes que j’ai cité à la fin de l’article. Même si devoir prendre un congés pour s’occuper de son enfant malade est un inconvénient de taille quand le parent travaille, il y a des cas où la place de l’enfant n’est pas à la crèche.
    Les mesures à prendre, dans ces cas extrêmes, seraient donc de faire en sorte que l’enfant n’aille pas à la crèche pour un temps, qui souvent n’excède pas une dizaine de jours pour les maladies les plus importantes et contagieuses.
    Il faut aussi consulter le plus rapidement possible quand des symptômes inquiétants apparaissent (respiratoires, fièvre persistante, irruption cutanée, yeux purulents…) afin d’avoir un traitement adapté au plus vite.

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